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E x i s t e   –   t – il     une
 
p h i l o s o p h i e     a f r i c a i n e    ?
 

 
 
 
 
 
 
 
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     Une    Publication      de     Recherches
 
                   de    Mr     KOM       K.    BERNARD
 
               Maitre      ès   sciences       Mathématiques
 
                 Chercheur    Indépendant à  MBANGA
 
                                   -CAMEROUN-
 

 
 
 
 
 
 






 
 
 

Voila une problématique qui jusqu’alors est restée assez vivante dans l’univers global de la pensée philosophique de ces dernières décennies. Suscitant toujours davantage d’engouement, cette question a proliféré au fil des ans des controverses géantes et des affrontements idéologiques parfois intenses entre divers courants de pensée, qu’ils soient africains ou non.

              Si une telle question est si souvent remise à l’ordre du jour, si elle comporte par ailleurs un certain  enjeu idéologique que l’on imagine pour l’avenir mental de continent africain , pourquoi ne pas émettre, par la présente, une réflexion supplémentaire ?

               Une démarche d’analyse de ladite problématique consisterait, par exemple,en une réflexion préalable sur la nature fondamentale de la pensée,en une remise en question de thèses pessimistes, suivies, d’une évocation de quelques appréhensions africaines notables à cet égard, et d’un regard sur le présent
         La philosophie comme plongée dans la mer métaphysique cessera-t-elle jamais d’interroger l’humain ? Philosopher ,qu’est-ce donc, sinon l’art de penser ? Oui,penser la nature humaine et ses mystères, penser l’univers dans ses différents aspects .Penser, penser et penser encore ,n’est-ce pas là , la gymnastique fondamentalement caractéristique du philosophe ?
Si l’art de la Philosophie est si allié à celui de la pensée , cela ne légitime-t-il pas assez l’idée de ramener une question philosophique à une question de pensée ?
Certains humains , dont les Africains, seraient-ils par nature inaptes à penser ? Est-ce tout à fait vraisemblable pareille réflexion ?
           Une pensée,dans son essence, se trouve être une chaine plus ou moins harmonieuse d’idées produites par l’esprit humain, une émanation libre du moi supérieur. Une pensée peut, de ce fait, s’assimiler à un assemblage réglable d’entités ou de particules spirituelles, qui s’opére très librement dans le mental de l’humain,et de tout humain.
De part cette nature impalpable, supérieure, abstraite et naturelle, de la pensée, mérite t-elle que certains l’enferment dans le concept espace-temps ? Est-il objectif de renier tout  activité pensante à tel peuple parce qu’il est du passé ou à tel autre parce qu’il réside en tel lieu ? Ne serait-ce pas pour ceux-là une tentative, malheureusement maladroite, de s’approprier, de nationaliser une donnée universelle, indépendante, incontrôlable et même divine ?Pourquoi vraiment tiennent-ils à revêtir forcément la philosophie, dame céleste, d’un boubou racial, comme déjà d’aucuns ont toujours tenté de le faire pour l’intelligence humaine vis-à-vis des Noirs ? Comment considérer la pensée comme le privilège d’un peuple ou d’une époque ?
                     La pensée n’a-t-elle pas toujours été et ne sera-t-elle pas toujours ? Mieux encore, et cela doit être clair, comme l’intelligence, la créativité ou toute autre faculté mentale en générale, la pensée n’a pas de nationalité, et sa force est sans rapport quelconque avec la couleur de peau. Même la cellule nerveuse qui constitue l’élément physique moteur dans l’art de penser n’est pas  de couleur et sa puissance nullement dépendante de la race du sujet .    
Nulle science objective n’a véritablement prouvé le contraire et peut-être gagnerait –on  à en rester là, étant entendu que toute navigation  à  contre  courant  serait  probablement  trop               aventureuse, subjective , flou et même intellectuellement  périlleuse.
                 Il est ainsi donné à tout humain , comme un droit naturel , de devenir   moyennant  une simple prise de conscience, un homme neuronal , un être pensant, un philosophe plein. Les facultés humaines , quelles soient mentales ou spirituelles ne sauraient être , ni une exclusivité régionale, ni même des données figées ( même si d’aucuns croient au Q.I. , Quotient Intellectuel ) , mais bien plutôt des valeurs sujettes à des fluctuations . Le philosophe Claude Bernard n’exprimait-il pas déjà que «  chaque humain est juste aussi  intelligent  qu'il veut » ?
                     Si enfin, l’examen de la nature  intrinsèque de la pensée vient à troubler les thèses opposées à l’existence d’une philosophie africaine, qu’en est-il ensuite de la remise en question de ces propres thèses ?
                     Face à des assauts quelques fois acharnés à refuser toute philosophie africaine  ( HEGEL, HEIDEGGER etc…) l’on ne peut s’empêcher de redouter la bonne foi des idéologues  concernés.
               N’est-ce pas prétentieux de s’ériger soi-même en Maître exclusif  de la philosophie ? Et si pareille subjectivité était simplement guidée par le désir classique d’assurer un contrôle continu des consciences africaines ? Quand on sait que l’Afrique a subi trois siècles d’esclavage et plusieurs décennies d’un colonialisme sur mesure, et qu’elle est en proie permanente à un  néocolonialisme  toujours plus raffiné , l’on réalise la nécessité probable d’oeuvrer dès lors pour une autre indépendance africaine; l’indépendance philosophique .
Qu’ils sont durs et malvenus leurs propos !
Levy – BRUHL trouve en le Noir une mentalité prélogique, une absence de raison , un entendement limité à comprendre le langage conceptuel et par conséquent une incapacité à philosopher. Comment un être moitié humain , et donc animal , irait-il philosopher , selon lui ?
HEGEL dans la même envolée , réduit le Noir à la sauvagerie et l’animalité , à un être sans raison , ahistorique , à une enfance éternelle , plongée dans la couleur noire de la nuit noire.
        Et comme si cela ne suffisait pas, HEIDEGGER enchaîne  que la  philosophie étant de source hellène, il ne saurait y avoir de philosophie en dehors de ce foyer géographique, tout à fait  autant  que le poète président africain attribua la raison à l’hellenité lorsqu’il ramena le nègre à l’émotion.
Ces thèses sont assez fluides , et il est un peu déplorable qu’elles fassent encore fureur dans la contemporaneité philosophique , car les travaux titanesque du Pr CHEIKH ANTA DIOP les obligent bien malheureusement à la désuétude. Si ce dernier  est parvenu aujourd’hui à démontrer que l’homme est né en Afrique et que d’autres chercheurs à sa suite tels que  le Dr Robert AKAMBA ( Adam et Eve étaient noirsJésus Christ est un   Africain )   ou le généticien  Français Gérard LUCOTTE ( Eve était noire ) le confirment d’une façon ou d’une autre , cela est tout même une preuve suffisante que l’homme Noir n’est pas ahistorique et qu’il est d’ailleurs au début de l’histoire humaine. De plus, si la Philosophie et la Mathématique sont nées en Egypte ( pour se limiter à cela ) toujours selon l’oeuvre du Pr CHEIKH ANTA DIOP ,   y a-t-il fort à faire  pour déduire que  la pensée et la raison, loin d’être  étrangères, sont plutôt originellement nègre ? Donc,la raison fut nègre,puis hellène, et enfin  mondialement   partagée. Descartes n’atteste-t-il pas d’ailleurs cette « mondialité » de la raison, comme étant «  la chose  du monde la mieux partagée » ?
D’autre part, une thèse admirable de défense est celle émise par sa sagesse AMADOU HAMPATHE BA , au cours d’une assemblée générale de l’UNESCO à Paris ; «chaque fois  qu’un vieillard meurt en Afrique, c’est une bibliothèque qui brûle ». Aussi avait-il précisé au préalable, un argument de poids en faveur d’un savoir africain . Comme quoi, l’oralité (africaine) n’est nullement la négation du savoir ,mais bien plutôt le lit original de celui-ci,contrairement à l’écriture (occidentale)qui n’est que « la photographie du savoir »,ou encore « un puit qui reçoit ses eaux du dehors », pour reprendre les termes de cet illustre homme.         
        Alors, est-ce bien sensé de douter continuellement de l’existence d’une philosophie(orale) africaine ,dans les programmes scolaires ? L’absence d’écriture ,donc de manuels vulgarisés doit-elle logiquement s’interpréter telle une absence de philosophie africaine ?
       Par ailleurs, mise à part la brillante civilisation pharaonique africaine,l’Afrique de l’ouest a été entre le treizième et le seizième siècle de notre ère, le siège de grandes universités africaines ou furent distillées, par de grands maîtres, les Mathématiques ,l'Astronomie, les Sciences ésotériques, la poésie etc.Tombouctou(Mali), comme le prouve SALEM OULD DJHAR(tombouctien chercheur et dépositaire, entre autres, de cette connaissance), abrite de nos jours des manuscrits témoins de cette époque d’une pensée africaine florissante. Est-ce un hasard ou un don gratuit que Tombouctou soit considérée  « ville du proverbe » ? Une visite à TOMBOUCTOU ne serait-elle pas plus édifiante  tout simplement ?
A la fin, le combat pour la légitimation d’une philosophie africaine n’est-il pas purement dénué de sens réel, si tant de données historiques ou présentes attestent déjà objectivement le fait.
Cependant, malgré la multiplicité d’arguments favorables à cette existence, il ne serait pas vain d’achever la présente analyse en se posant la question naturelle pourquoi alors visiblement cette situation d’assistanat intellectuel de l’Afrique par l’occident ? Pourquoi le contexte présent d’une sorte d’hégémonie culturelle, scientifique, etc… de l’Occident ? Qu’est donc devenue la puissance intellectuelle historique de l’Africain ?
Il faut dire que les siècles de colonisation, doublés des décennies de colonialisme ont contribué sur toute la ligne à raser la substance grise du nègre. Une si longue période de pillage et d’esclavage mental vis-à-vis d’un peuple constitue une véritable dévastation, strictement au moins comparable à celle de bombes atomiques, encore qu'une telle dette n'ait jamais connu réparation. Il a été question, l’on le réalise, d’induire habilement en l'Africain, durant tout ce temps, le terrible virus de l’afro-pessimisme, qui jusqu’aujourd’hui gangrène imperturbablement des générations et des générations d’Africains, même grands intellectuels. Y-aurait-il meilleure façon de détruire la force intellectuelle, la conscience d’un peuple que d’entretenir tous les jours en lui le sentiment de la négation soi ? Pourquoi l’Afrique se relèverait-elle de si tôt d’une puce maléfique qu’on lui a méticuleusement inoculé pendant des siècles. Le jeune Noir sera-t-il afro-optimiste, deviendra-t-il à nouveau lui-même tant qu’il n’aura pas procédé à une épuration mentale de son néocolonialisme ? Jamais, en fait, la maîtrise de soi ne passe par l’assimilation à l’autre, mais bien plutôt par l’aspiration profonde à soi-même.
D’autre part, il doit être définitivement entendu que ce décalage intellectuel              Afrique-occident n’est ni un état figé, ni une quelconque volonté d’une quelconque divinité comme d’aucuns pourraient penser, même naïvement ou par influence. Qui a dit que Dieu a crée des peuples avec la prédisposition naturelle à asservir, précéder ou guider les autres ? Foutaises, non ? Chaque être humain ne manifeste-il pas simplement ce en quoi il croit ? Chacun n’a-il pas le pouvoir divin de devenir ce qu’il veut être ? La magie de la patience, de la détermination et de la foi ne suffit-elle pas à modeler la valeur intrinsèque de l’être ? Pourquoi se laisser contrôler pour des pensées égoïstes à but simplement dominateur, véhiculées par d’autres ? N’est-ce pas là une sorcellerie savante et subtile que la majorité africaine assimile pieusement de l’occident ?
Enfin il faut préciser que la « supériorité » occidentale actuelle est exclusivement matérielle, et donc bien périssable, et nullement pas une prescription de la nature. L’occidental assoit aujourd’hui son leadership uniquement par la donnée matérielle (valeur artificielle) qu’il a crée, et non pas qu’il est bâti par nature pour être plus intelligent ou plus créatif que l’Africain. Toute tentative à prouver une supériorité mentale naturelle du Blanc sur le noir, il faut le dire, ne sera jamais que maraboutage et mascarades scientifiques. Le cas de l’astronome physicien CHEICK MODIBO DIARRA parle de lui-même et n’est point isolé comme modèle de prouesse scientifique africaine. L’afro-optimisme viendra-il un jour à bout du néocolonialisme ambiant dans le combat quotidien qui les oppose. Viendra-il alors le règne de l’afro-optimisme au cours duquel le jeune africain reprenne conscience positive et travaille pour sa libération ? C’est l’équation panafricaine du troisième millénaire.
 Alors, existe-il une philosophie africaine ?
La question a-elle véritablement un sens? Est-il raisonnable de s’évertuer à résoudre un problème à peine bien posé ? Devra-t-on tergiverser à jamais sur ce sujet ? La donne n’apparaît-elle pas déjà telle une butée à l’avancée de la pensée africaine moderne ? Pourquoi obscurcir ainsi dangereusement l’avenir mental de jeunes Africains ? Et s’il s’agissait de rénover les programmes scolaires et universitaires, plutôt que d’espérer vainement, un jour ou l’autre, la délivrance officielle et solennelle d’un certificat de philosophie africaine, à l’Afrique par l’occident  ! Et puis, qui gouverne le savoir ? L’Occident ou le Dieu univers ? S’auto - gérer n’est-ce pas aussi choisir ses propres options idéologiques ?
Le sort de l’Afrique n’est pas une fatalité, mais un conditionnement mental bien réversible.
Alors, alors que la caravane passe, gentiment.
 
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KOM   Bernard
Mathématicien, chercheur indépendant
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